Partir quand on attend un enfant demande un peu d’organisation, mais ce n’est pas une impossibilité. Entre précautions médicales, choix de la destination et aménagement du rythme, il est possible de transformer un déplacement en une parenthèse agréable plutôt qu’en source d’inquiétude.
Je vous propose ici un guide pratique et nuancé, fondé sur des principes médicaux simples, des conseils concrets et des retours de terrain. L’objectif n’est pas d’interdire, mais de permettre de partir sereine, informée et prête à profiter.
Pourquoi réfléchir avant de partir
La grossesse modifie le corps, l’équilibre hormonal et la manière dont on réagit à la fatigue, à la chaleur et au stress. Ce n’est pas seulement une question de sécurité médicale : c’est aussi une question de confort et de bien-être pour la future mère.
Un voyage mal préparé peut transformer une expérience réjouissante en mauvaise passe : nausées plus intenses, fatigue accrue, ou complications logistiques si l’on a besoin d’un soin immédiat. Penser en amont, c’est réduire ces risques et garder la maîtrise.
Quelle période privilégier pour partir

Premier trimestre (0 à 13 semaines)
Les premières semaines sont souvent marquées par la fatigue, les nausées et une sensibilité émotionnelle plus vive. Ces signes rendent les déplacements inconfortables et imprévisibles, surtout si vous avez des rendez-vous médicaux fréquents ou si votre emploi du temps dépend du premier bilan prénatal.
Sur le plan médical, il existe un risque plus élevé de fausse couche au cours du premier trimestre, même si la plupart des voyages n’augmentent pas directement ce risque. Beaucoup de femmes choisissent donc d’attendre la fin du troisième mois pour réserver ou planifier un séjour plus long.
Deuxième trimestre (14 à 27 semaines)
Le deuxième trimestre est souvent décrit comme la période la plus propice aux déplacements. Les nausées se calment, l’énergie revient, et le ventre n’est pas encore trop encombrant. Pour ces raisons, de nombreuses maternités et compagnies recommandent cette fenêtre comme moment idéal pour voyager.
Cependant, il reste important de ne pas minimiser les soins : gardez vos rendez-vous de suivi, informez votre médecin de votre itinéraire et prévoyez un plan si vous développez des symptômes inhabituels en voyage.
Troisième trimestre (28 semaines et plus)
Le dernier trimestre implique davantage d’incertitudes : fatigue plus marquée, risque accru d’accouchement spontané et mobilité réduite. Beaucoup d’assureurs et de transporteurs imposent des restrictions après 36 semaines, voire plus tôt en cas de grossesse multiple.
Si vous devez voyager tard dans la grossesse, privilégiez des trajets courts et des destinations avec des structures médicales fiables. Emportez toujours un résumé médical et une copie de votre échographie récente.
Avant le départ : démarches médicales et administratives

Avant de réserver, prenez rendez-vous avec votre professionnel de santé pour un bilan et des conseils adaptés. Ce rendez-vous n’est pas une formalité : il permet d’évaluer les risques individuels et d’obtenir des documents utiles comme un certificat médical, si nécessaire.
Vérifiez aussi les exigences administratives liées à votre destination : certaines compagnies aériennes demandent un certificat médical pour les voyages au-delà d’un certain stade, et certaines assurances excluent les grossesses avancées sans extension spécifique.
Checklist médicale à effectuer avant le départ
Voici les points essentiels à valider : examen clinique, confirmation du terme estimé, situation du fœtus, vaccinations à jour, traitement en cours et conseils sur les médicaments à emporter. Cette liste permet de partir avec des repères clairs.
Ne partez jamais sans avoir discuté de votre projet de voyage avec votre sage-femme, gynécologue ou médecin traitant. Leur avis tiendra compte de vos antécédents et des caractéristiques spécifiques de votre grossesse.
Transport : avion, voiture, train et bateau
Avion
Voyager en avion est possible pour la plupart des femmes en bonne santé, surtout pendant le deuxième trimestre. Les risques principaux sont la fatigue, le gonflement des jambes et les inconforts liés à la pression en cabine.
Quelques précautions simples : portez des bas de contention, levez-vous régulièrement pour marcher, hydratez-vous et attachez la ceinture sous le ventre et sur les hanches. Vérifiez la politique de la compagnie ; certaines demandent un certificat au-delà de 28 ou 36 semaines.
Voiture
Les trajets en voiture sont confortables si l’on fait des pauses régulières et si la ceinture est correctement positionnée : la sangle diagonale doit passer entre les seins, et la sangle abdominale sous le ventre. Rouler longtemps sans pause augmente le risque de phlébite ; faites une pause toutes les deux heures.
Prévoyez un coussin lombaire pour le soutien du dos et évitez les routes trop sinueuses si vous souffrez de nausées. En cas de contractions ou de saignement, arrêtez-vous et contactez rapidement les secours locaux ou votre médecin.
Train et bus
Les trains offrent souvent plus d’espace et la possibilité de marcher, ce qui est un avantage. Réservez si possible une place côté couloir pour circuler facilement et éviter d’être coincée quand vous devez vous lever.
Les voyages en bus longue distance sont possibles, mais moins confortables en termes d’espace et de possibilité de mobilité. Évitez si vous avez un antécédent de thrombose ou si la route est très cahoteuse.
Croisières et bateau
Les compagnies de croisière ont des règles strictes concernant la grossesse, souvent l’interdiction de monter à bord après 24 à 28 semaines. La disponibilité de soins à bord est limitée et l’accès à un hôpital peut être long.
Si vous envisagez une croisière, vérifiez les conditions générales, l’accès à des soins adéquats et la politique sur les voyages en fin de grossesse. Privilégiez des croisières courtes et proches des côtes si vous partez.
Choisir la destination : santé, climat et accès aux soins
Le choix de la destination repose sur l’accès aux soins, la qualité de l’eau et de l’alimentation, les risques infectieux et les conditions climatiques. Préférez des lieux où l’on peut obtenir des soins de qualité rapidement en cas de besoin.
Évitez les zones à risque élevé de maladies transmissibles difficilement traitables pendant la grossesse. Consultez un centre de médecine des voyages pour des informations actualisées sur la zone envisagée.
Altitude, chaleurs extrêmes et risques infectieux
Les séjours en haute altitude peuvent être mal tolérés par certaines femmes enceintes, surtout au-delà de 2 500 mètres, en raison du risque d’hypoxie. Les climats très chauds amplifient la déshydratation et la fatigue, ce qui peut nuire au bien-être général.
Quant aux infections, certaines comme la dengue, le chikungunya ou le paludisme peuvent poser des risques importants ; mieux vaut éviter ou prendre des précautions renforcées. Ne prenez pas de médicaments sans avis médical et respectez les recommandations locales.
Vaccinations et médicaments
La règle de base est simple : ne commencer aucune vaccination sans l’avis de votre médecin. Certaines vaccinations inactivées, comme la grippe saisonnière et la vaccination contre la coqueluche (vaccination du 3e trimestre recommandée pour protéger le nouveau-né), sont couramment recommandées pendant la grossesse.
Les vaccins vivants atténués, tels que le vaccin contre la rougeole, la rubéole ou la fièvre jaune, sont généralement déconseillés pendant la grossesse et remis à plus tard si possible. Face à un risque élevé (exigence d’entrée dans certains pays), la décision se prend au cas par cas avec un spécialiste.
Médicaments à emporter
Conservez une trousse avec vos médicaments habituels, vos vitamines prénatales, des médicaments anti-nauséeux prescrits et des antalgiques sûrs après avis médical. Évitez l’automédication et demandez toujours quelle substance est compatible avec la grossesse.
Emportez une ordonnance rédigée en anglais si vous partez à l’étranger, ainsi qu’un résumé de votre dossier prénatal. Cela facilite l’accès aux soins et l’achat éventuel de médicaments sur place.
Assurance voyage et documents médicaux
Avant de partir, vérifiez que votre assurance couvre les complications liées à la grossesse, le rapatriement et l’accouchement à l’étranger. Certaines polices excluent les complications après une certaine semaine de grossesse sans extension spécifique.
Munissez-vous d’un dossier médical concis : résumé des consultations, date prévisionnelle d’accouchement, antécédents et traitements en cours. Une copie papier et une version numérique accessible facilitent la prise en charge en cas d’urgence.
Documents utiles à avoir
Listez les numéros d’urgence locaux, le contact de votre médecin, le nom de la maternité de destination et votre police d’assurance. Gardez ces informations à portée de main, dans la valise et en format numérique sur votre téléphone.
Si votre grossesse présente des risques particuliers, demandez une lettre médicale explicitant la situation et les contraintes éventuelles pour la présenter aux autorités ou aux services médicaux si besoin.
Que mettre dans la valise de voyage
La valise d’une femme enceinte doit mêler confort, sécurité et praticité. Prévoyez des vêtements amples, des chaussures confortables, des bas de contention, une trousse de premiers secours et vos documents médicaux.
Ajoutez un coussin de voyage pour le dos, une gourde réutilisable pour rester hydratée, des collations riches en fibres pour limiter les nausées et le reflux, ainsi que des lingettes et des antiseptiques pour l’hygiène en voyage.
- Résumé médical et échographies récentes
- Assurance voyage et numéros d’urgence
- Médicaments prescrits et ordonnances
- Bourses chauffantes / coussin lombaire
- Bas de contention et vêtements confortables
Alimentation, hydratation et prévention des troubles digestifs
En voyage, privilégiez les aliments cuits, l’eau embouteillée quand l’eau locale est douteuse et évitez les crudités si vous n’êtes pas sûre de leur préparation. L’intestin de la future mère est plus sensible ; mieux vaut prévenir que guérir.
L’hydratation est essentielle, notamment en avion ou sous de fortes chaleurs. Buvez régulièrement et fractionnez les repas pour éviter les remontées acides et les nausées persistantes.
Activités conseillées et celles à éviter
Marche douce, natation et étirements légers sont des activités sûres et bénéfiques pendant un déplacement. Elles aident à conserver la forme, limitent le risque de thrombose et procurent un sentiment de bien-être.
Évitez les sports à risque de chute (équitation, ski, VTT), la plongée sous-marine et les activités très éprouvantes physiquement. Si vous avez un doute sur une activité, demandez l’avis de votre professionnel de santé.
Signes d’alerte pendant un voyage
Connaître les signaux d’alerte peut faire la différence : saignements vaginaux, contractions régulières, douleurs abdominales intenses, perte de liquide amniotique ou fièvre élevée nécessitent une prise en charge urgente. Ne restez pas seule face à ces symptômes.
Si vous observez l’un de ces signes, contactez immédiatement le service médical local, votre médecin ou l’assistance de votre assurance. Mieux vaut interrompre un voyage au moindre doute que de prendre des risques inutiles.
Cas particuliers : grossesse multiple ou complications
Une grossesse gémellaire ou des antécédents de prééclampsie, diabète gestationnel ou menace d’accouchement prématuré rendent les déplacements plus sensibles. Dans ces situations, il est fortement conseillé de limiter les déplacements et de privilégier des séjours proches du domicile.
Votre équipe soignante reste la meilleure conseillère pour évaluer la faisabilité d’un déplacement et pour définir des consignes adaptées à votre profil de grossesse.
Organiser son rythme sur place

Sur place, adaptez votre planning : alternance de repos et d’activités, siestes régulières si nécessaire, et plages horaires calmes pour les sorties. Règle d’or : écoutez votre corps et réduisez le rythme s’il le demande.
Pour les visites, privilégiez des journées moins chargées, évitez les heures chaudes et gardez des repères pour les repas et l’hydratation. Cela rend le séjour agréable sans pousser à l’épuisement.
Petits trucs pour le confort en voyage
Un coussin pour la nuque, une ceinture de maintien abdominale légère et des chaussures faciles à enfiler facilitent la vie. Emportez des comprimés contre le reflux si ceux-ci ont été validés par votre médecin.
Pour le sommeil, une couverture légère et des bouchons d’oreille peuvent aider, surtout si vous partagez un logement bruyant. Des gestes simples améliorent le repos et la récupération quotidienne.
Rester connectée aux soins et au suivi
Avant de partir, planifiez la façon dont vous resterez en contact avec votre gynécologue ou votre sage-femme, notamment pour des questions imprévues. De nombreux professionnels proposent désormais des consultations à distance qui peuvent rassurer.
Si vous êtes à l’étranger pour plusieurs semaines, identifiez un centre de santé local et notez les coordonnées d’une maternité proche. Cela évitera le stress en cas de rendez-vous urgent ou d’alerte médicale.
Voyager pour un suivi médical ou une échographie importante
Parfois, le déplacement est nécessaire pour une consultation spécialisée ou un examen plus poussé. Dans ce cas, planifiez le trajet pour arriver reposée et réservez le temps nécessaire pour l’examen et un éventuel traitement.
Préparez votre dossier médical complet afin que le spécialiste puisse vous prendre en charge rapidement et efficacement. Les documents clairs accélèrent la décision et évitent les pertes de temps.
Grossesse et tourisme : gérer les attentes
Partir enceinte peut signifier renoncer à certaines activités très physiques, mais cela ouvre aussi la porte à des moments précieux : rythme plus lent, découverte sereine et attention accrue aux détails. Acceptez ces transformations comme une autre façon d’explorer.
Réadapter son programme ne signifie pas renoncer au plaisir. Au contraire, c’est souvent l’occasion de découvrir une destination différemment, avec plus de repos et d’observation.
Mon expérience personnelle
Lorsque j’ai voyagé pendant mon deuxième trimestre, j’ai compris l’importance des petites attentions : pauses fréquentes, collations et un sac facile d’accès avec tout le nécessaire. Ces détails ont transformé un trajet potentiellement pénible en une belle parenthèse.
Sur place, j’ai choisi des journées lentes, des promenades au rythme du cœur et des moments de repos dans des cafés calmes. Cette façon de voyager m’a permis de profiter sans me surmener, et de revenir avec des souvenirs apaisés.
Ressources et contacts utiles avant de partir
Consultez des sources fiables : votre sage-femme, le centre de médecine des voyages, et les recommandations de santé publique du pays visité. Les ambassades peuvent aussi fournir des informations sur l’accès aux soins locaux.
Notez les coordonnées des hôpitaux proches, le numéro d’urgence local et le contact de votre assurance. Ces éléments, simples à rassembler, apportent une grande tranquillité d’esprit.
Tableau synthétique : quel transport selon la période
| Trimestre | Transport généralement recommandé | Précautions |
|---|---|---|
| Premier | Courts trajets en voiture, train | Prévoir soins locaux, éviter longues distances |
| Deuxième | Vols courts à moyens, voiture, train | Bas de contention, hydratation, certificats si nécessaires |
| Troisième | Déplacements très limités | Éviter vols long-courriers, privilégier proximité des structures médicales |
Derniers conseils pratiques
Planifiez, mais gardez de la flexibilité : un retard, une fatigue soudaine ou un rendez-vous imprévu peuvent bouleverser l’emploi du temps. Un itinéraire souple permet de mieux gérer l’inattendu.
Écoutez-vous. Si un doute vous envahit, annulez ou reportez. La sécurité et le bien-être du bébé et de la mère priment sur l’obligation de tenir un programme.
En prenant quelques précautions simples et en choisissant le bon moment, il est tout à fait possible de vivre des voyages agréables pendant la grossesse. L’important est de partir informée, entourée et prête à adapter son projet en fonction des besoins du corps.
Que vous envisagiez une escapade de quelques jours ou un séjour plus long, laissez la prudence guider vos choix et permettez-vous de savourer chaque instant, même au ralenti.

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